Sept hommes pour un accord

LA TRIBUNE – Six hommes ont particulièrement œuvré au mariage Aerospatiale-Matra Lagardère. D’un côté, Yves Michot, PDG d’Aerospatiale, François Auque, son directeur de la stratégie et des finances, et Marwan Lahoud, dernier venu dans le groupe dont il est directeur du développement après avoir été le conseiller pour les affaires industrielles de l’ancien ministre de la Défense, Charles Millon.

Face à eux, le groupe Lagardère a compté sur trois hommes : Philippe Camus, directeur général et cogérant (aux côtés de Jean-Luc et de Arnaud Lagardère), Jean-Louis Gergorin, responsable de la stratégie du groupe, en particulier dans la défense, et Jean-Paul Gut, spécialiste de l’international et du commerce, proche conseiller de Jean-Luc Lagardère.

Un septième homme, du côté des pouvoirs publics, a joué un rôle-clé : François Roussely, alors directeur de cabinet du ministre de la Défense, Alain Richard, et devenu depuis quelques jours patron d’EDF. De longue date, il a souligné le dynamisme du groupe Lagardère dans ses alliances européennes et regretté qu’Aerospatiale, certes victime des lenteurs et atermoiements étatiques, soit moins mobile dans sa stratégie. Après le choix du gouvernement Jospin en faveur d’Alcatel plutôt que Matra-Lagardère (pourtant initialement désigné par le gouvernement Juppé) pour reprendre et privatiser Thomson-CSF, François Roussely répétait qu’il ne fallait pas de perdant. Dès lors, l’idée d’associer Lagardère à Aerospatiale a fait son chemin.

Partenaire stratégique. Le plus heureux dans cette affaire est assurément Philippe Camus. Lui qui a été de longues années le grand argentier du groupe venait d’accéder à l’étape suprême en devenant l’un des trois gérants. Il a pris sous sa responsabilité directe Matra Hautes Technologies (télécommunications, espace et défense), berceau du groupe et dont l’ancien patron, Noël Forgeard, vient de prendre les rênes d’Airbus. De quoi souligner le poids croissant des « Lagardère boys » dans l’aéronautique et l’armement européen. Voilà donc le groupe Lagardère désigné comme le partenaire stratégique et le plus important actionnaire privé d’Aerospatiale, pourtant trois fois plus gros que Matra Hautes Technologies. Les dirigeants du groupe Lagardère ne cachent pas qu’ils estiment avoir ainsi coupé l’herbe sous le pied de Dassault. Car ce dernier avait été pressenti, malgré une différence de taille encore plus criante, par le gouvernement Juppé pour devenir le premier actionnaire privé d’Aerospatiale via sa fusion privatisation avec Dassault Aviation.

Dassault a, comme à son habitude, manqué d’initiative. Comme face au gouvernement Jospin qui voulait renforcer Aerospatiale dans ses négociations avec BAe et Dasa en lui confiant les avions de combat de Dassault Aviation. « On ne peut pas éternellement dire non. On prend sinon lerisque de voir passer les trains », résume-t-on chez Lagardère. Même dans l’aéronautique !