La réorganisation d’EADS consacre la montée en puissance de Jean-Paul Gut

LA TRIBUNE – Jusqu’ici considéré comme un excellent vendeur, le numéro deux bis d’EADS élargit son rôle à des fonctions industrielles, de fusions-acquisitions et de stratégie. Il se prépare à succéder à Noël Forgeard dans cinq ans.

Fils spirituel et poulain préféré de feu Jean-Luc Lagardère, Jean-Paul Gut, nommé directeur général délégué d’EADS en juin, est, à seulement quarante-quatre ans, l’un des hommes forts du groupe européen. Et ce d’autant que la définition de son poste cumule plusieurs fonctions vitales d’EADS. Il garde, les affaires internationales et voit son rôle élargi au sein du comité exécutif. en mettant la main sur la stratégie et les fusions-acquisitions, détenues jusqu’ici par Jean-Louis Gergorin, ainsi que sur tous les projets transversaux des business unit et le développement industriel mondial du groupe. Soit beaucoup de dossiers pour un seul homme, imposé à ce poste par Arnaud Lagardère, président du groupe éponyme actionnaire d’EADS (15,1 %) et soutenu par le nouveau coprésident exécutif Noël Forgeard. Pour autant, Jean-Paul Gut, « continuera à superviser étroitement tout ce qui a trait au commerce », explique un proche. Car il a construit toute sa carrière sur ses coups à l’export. Au point d’impressionner Jean-Luc Lagardère qui écoutait ses avis avant de prendre certaines décisions. « S’il existait un césar du meilleur vendeur, Jean-Paul Gut le gagnerait. C’est le plus grand vendeur du secteur en France », assure-t-on dans un groupe rival. Et d’ajouter que « tout son pouvoir reposant sur ce point fort, il a tout intérêt à garder l’export dans son giron. Car ce qui est aujourd’hui crucial dans un groupe de défense, c’est de ramener des contrats ».

Ce que confirme un proche, notant qu’il va « beaucoup déléguer » sur les autres activités. Ainsi, il pourrait compter sur le soutien de Jean-Louis Gergorin pour les dossiers ayant trait à la stratégie. A moins que Philippe Delmas, proche de Noël Forgeard, lui souffle ce poste. Mais la rumeur le confinait dans un rôle de conseiller spécial de son mentor. Pour succéder à Jean-Paul Gut à la tête d’EADS International, un Etat dans l’Etat, le numéro deux bis d’EADS a fait appel à un de ses fidèles barons, Christian Duhain, en charge de la région Asie-Pacifique jusqu’ici.

Discret. Jean-Paul Gut, qui a toujours voulu rester discret, va devoir forcer sa nature en étant propulsé sur le devant de la scène. Surtout, il devra apprendre son nouveau rôle d’industriel. « C’est là où ce n’est pas joué, note-t-on dans le milieu. Car Jean-Paul Gut n’excelle que dans les dossiers qui le motivent. » Et il n’est pas sûr que, les discussions avec les syndicats le passionnent. Or, il est en charge du projet de stratégie industrielle mondiale baptisé GIS, auquel il doit donner, selon le coprésident d’EADS Tom Enders, « une nouvelle impulsion ». C’est-à-dire implanter un tiers de la main-d’oeuvre et de la valeur ajoutée d’EADS hors d’Europe.

Atypique. Au-delà, Jean-Paul Gut a cinq ans pour confirmer les espoirs qu’avait placés en lui Jean-Luc Lagardère. Car à l’issue du mandat de cinq ans des administrateurs actuels, Noël Forgeard aura près de soixante-cinq ans. Il est préparé, juge-t-on dans le groupe, à devenir le futur patron d’EADS. « Sauf qu’il ne fait pas partie du sérail, note-t-on dans le secteur. Atypique dans son fonctionnement, il est loin des moeurs policées des XMines et des ingénieurs de l’armement. » On lui prête aussi l’intention de devenir le patron de Thales, dans l’hypothèse d’un rachat de l’électronicien par EADS, un scénario dont il rêve. Mais il est vrai qu’on ne prête qu’aux riches.

Michel Cabirol