EADS : les raisons du départ de Jean-Paul Gut

LE FIGARO – Jean-Paul Gut, directeur général d’EADS, quitte le groupe aujourd’hui. Marwan Lahoud lui succède.

C’EST LA FIN d’une époque. Le départ de Jean-Paul Gut, directeur général en charge du marketing, de l’international et de la stratégie d’EADS et membre du conseil d’administration, marque la fin du règne des « Lagardère Boys » chez le géant européen de l’aéronautique, de la défense et de l’espace. Il a toujours été l’homme des grands contrats internationaux d’abord chez Matra puis chez EADS et Airbus. Sa dernière victoire : le contrat de Qatar Airways pour 80 A 350 XWB d’une valeur estimée à 16 milliards de dollars. Il doit être remplacé par Marwan Lahoud, président du missilier MBDA, filiale d’EADS, de Finmeccanica et de BAE Systems. Proche de Louis Gallois, coprésident exécutif d’EADS, il a redressé MBDA et su gérer la relation avec les Britanniques et les Italiens.

Après Philippe Camus, Jean-Louis Gergorin et Noël Forgeard, Jean-Paul Gut faisait partie de la garde rapprochée de Jean-Luc Lagardère qui a cofondé EADS fin 1999. Ces hommes brillants et ambitieux ont participé à toutes les batailles, connaissaient tous les secrets et se sont violement affrontés mais ils étaient tous au service des intérêts de Jean-Luc Lagardère, disparu en mars 2003. Son fils Arnaud Lagardère lui a succédé mais n’a pu éviter une guerre des chefs entre les fidèles de son père. D’autant que l’héritier a montré peu d’intérêt pour EADS, dont il veut à terme se désengager. Il a vendu la moitié de ses titres en avril 2004, ramenant sa participation à 7,5 %. Cette décision est intervenue quelques semaines avant que le groupe et sa filiale Airbus ne plongent dans la pire crise industrielle de leur histoire. À cela s’ajoutent des soupçons de délit d’initié et une défiance vis-à-vis des dirigeants d’EADS. Emporté par la tourmente, Noël Forgeard, coprésident exécutif d’EADS, a dû démissionner un an après sa nomination en juin 2005. Louis Gallois a quitté la SNCF pour le remplacer.

Une décision longuement mûrie

Jean-Paul Gut s’est trouvé dès lors isolé au sein du directoire qui comprend Louis Gallois, Thomas Enders, le coprésident allemand d’EADS et Hans Peter Ring, l’autre directeur général allemand en charge des finances. « D’autant que la nomination de Jean-Paul Gut en tant que directeur général a été une erreur. Il n’est pas fait pour cela. Ce n’est pas un homme d’organisation : il travaille en commando. C’est l’un des meilleurs dans sa partie, la négociation de contrats internationaux », témoigne un bon connaisseur du dossier. Et surtout, si Louis Gallois, malgré leur totale différence, apprécie très vite les qualités et le savoir-faire de Jean-Paul Gut, Thomas Enders ne lui cache pas son antipathie. La décision de quitter EADS a été longuement mûrie. Il se lance dans une nouvelle aventure après avoir fait toute sa carrière chez Lagardère. Arnaud Lagardère, qui est « un ami, voire un frère », perd son véritable dernier allié chez EADS. Contrairement à Jean-Luc Lagardère, Arnaud Lagardère n’a pas réussi à conserver les talents issus de sa maison dans la place – à l’exception notable de Fabrice Brégier, un ancien de Matra où il est entré en 1993, qui est numéro deux d’Airbus mais non membre du conseil d’administration. Cela au moment où le président de la République, Nicolas Sarkozy, a pris le dossier en main et souhaite un changement d’actionnaires.

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